Prenez la dernière BD scénarisée par Jean-Pierre Filiu, spécialiste reconnu d'Al Qaida et du monde arabo-musulman. La couverture est classique, la quatrième de couverture affiche le petit logo d'Amnesty International qui va bien. Un feuilletage rapide empêche de voir l'immanquable. Le Printemps des arabes n'est pas une BD.
C'est quoi une BD ? C'est une façon de raconter des histoires qui mêle dessin et texte. Des savants y ont consacré des livres entiers (à commencer par l'indispensable "Lire la bande dessinée" de Benoît Peeters). On retient d'un bon album de BD des cases mémorables. Les Sept Boules de Cristal ? Le moment où la momie inca Rascar Capac enjambe l'appui de fenêtre de la chambre de Tintin, boule de cristal en main. Blake et Mortimer ? L'incroyable poursuite en ombres chinoise de la mystérieuse silhouette, dans les grues de la centrale de Battersea, dans La Marque Jaune. La liste est longue.
Dans le cas précise du Printemps des arabes, le support BD ne sert en fait qu'à mettre en scène un cours magistral de Jean-Pierre Filiu, un peu comme si on avait illustré son "Introduction à l'étude du printemps arabe" prononcée devant des étudiants à la Sorbonne. Le texte et le dessin coexistent sans se mêler. Le dessin illustre le propos, rendant sa lecture un rien redondante. Nous voilà revenus aux pionniers de la BD du XIXe siècle, Töppfer et consorts, quand le texte décrivait exactement la scène dans la case.
Le livre est divisé en chapitres... qui décrivent chacun la situation dans un pays ou dans une ville. A de rares exceptions près (le chapitre sur la ville syrienne Alep ou celui sur les rappeurs de Gaza notamment), on cherchera en vain des personnages de chair et d'os qui parlent et qui vivent dans le récit. D'où l'impression de superficialité qui se dégage du livre.
Est-ce un problème consubstantiel à la BD universitaire ? Le même Jean-Pierre Filiu n'avait guère mieux géré l'existence des dialogues dans Les meilleurs ennemis, une passionnante description des relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient. Mais le propos tenu était beaucoup plus original. Le talent du dessinateur, David B, faisait le reste. L'ouvrage pouvait presque s'apparenter à un conte narré au coin du feu par un vieux sage.
La BD n'a-t-elle été choisie dans le cas du Printemps des arabes que pour mieux vulgariser une cause auprès d'un public peu converti ? Pas sûr. Les études du ministère de la Culture montrent que le noyau dur des lecteurs compulsifs de BD est aussi celui qui engloutit le plus de livres et de journaux. Pour prêcher des convertis, peut-être aurait-il mieux valu développer une histoire vraiment originale, pas un patchwork de petits instantanés trop universitaires, et manquant de chair...
A lire aussi
- Jean-Pierre Filiu raconte un débat organisé à Gaza autour de sa BD sur son blog hébergé par Rue89
Affichage des articles dont le libellé est bd. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bd. Afficher tous les articles
dimanche 23 juin 2013
mercredi 28 décembre 2011
Mon bilan BD 2011
Résumer 3900 livres de BD parus en 2011 (sans compter les rééditions) est évidemment impossible. Chapeau aux journalistes ou aux fans qui n'en auraient lu ne serait qu'un cinquième. En ce qui me concerne, j'ai dû m'offrir ou me faire offrir une petite centaine d'albums cette année, et pas tous du cru 2011 (intégrales, quand tu nous tiens). Mon bilan sera donc fatalement très très très partial et partiel.
Les grosses machines
On en a peu vus dans les rayonnages : pas d'Astérix, pas de Titeuf à se mettre sous la dent. Encore moins un Lucky Luke ou un Blake et Mortimer. Le rapport de l'ACBD décerne la palme du plus gros tirage à XIII (500.000 exemplaires) ce qui est tout à fait respectable mais loin d'être extraordinaire. La seule création originale à dépasser le tirage de 100.000 exemplaires est le Julia & Roem d'Enki Bilal. Juste après suivent les Chevaliers d'Emeraude de Tiburce Oger et un peu plus loin, le O Dingo ô Châteaux de Tardi et Manchette. Soit de l'auteur installé au point qu'on achète l'album plus pour lui que pour sa série, soit une adaptation d'un livre de fantasy extrêmement populaire. On cherchera autour des 50.000 exemplaires pour des albums "one shot" plus exigeants (Les Chroniques de Jérusalem, Voyage aux Iles de la Désolation, Les Ignorants...).
Mon classement de 2011
Je n'ai bien évidemment lu qu'une part infime de la production. Mon profil est celui de l'amateur éclairé qui va aimer les oeuvres de qualité, mais ne sortant pas trop des sentiers battus. Un auteur comme Blutch, avec son Pour en finir avec le cinéma, m'a laissé comme deux ronds de flan.
Très bien
Les albums qui sortent du lot en cette année 2011 ne sont pas légion, c'est à ça qu'on les reconnaît. Je tire donc mon chapeau aux Ignorants, d'Etienne Davodeau, un de ses meilleurs depuis un petit moment (il m'est déjà arrivé de piquer du nez dans certains de ses albums). Cette rencontre entre la BD et le vin est à la fois rafraîchissante et instructive, qu'on soit oenologue ou bédéphile. Mention spéciale aussi au Perroquet des Batignolles, l'adaptation du feuilleton radiophonique par un Stanislas qui marche dans les pas d'Hergé avec son récit aux faux air d'Oreille Cassée. Je ne peux pas passer sous silence le meilleur feuilleton du neuvième art, la saison 2 de Cité 14, une série que j'ai pris en route mais dont je n'arrive plus à décrocher. Les dessins au look faussement rétro, mi-Disney mi-Calvo, sont à tomber par terre. Signalons aussi la meilleure série jeunesse dont la qualité ne se dément pas, le troisème tome du Royaume.
Bien
Mention décernée Un plan sur la comète, le dernier Jules en date. L'avoir lu saucissonné dans Spirou m'avait donné l'impression qu'il manquait de fluidité. En album, c'est beaucoup plus convaincant. On se laisse porter dans les aventures didactiques d'un héros toujours aussi attachant même si on ne retrouve pas le niveau du tout premier tome, un chef d'oeuvre absolu selon moi. A noter qu'Emile Bravo sait se dépêtrer du format des 44 planches avec brio et sans tirer à la ligne.
Dans le panthéon de mes auteurs favoris, Brüno a toujours une place à part. Son Atar Gull avec Fabien Nury mérite une mention, mais il y manque ce petit quelque chose qui en ferait un chef d'oeuvre. Mes chouchous au rendez-vous : Jean-Denis Pendanx et son Svoboda méritent une mention au palmarès. Des dessins magnifiques mais une histoire si courte (le premier tome fait 40 planches) qu'elle laisse sur sa faim. Il sera plus facile d'apprécier l'oeuvre en elle-même quand elle sera terminée. Les valeurs sûres n'ont pas démérité en 2011 : Il était une fois en France confirme qu'elle mérite sa place en 4x3 dans le métro et dans le top 5 des meilleures séries des années 2000, et Philip et Francis font autrement plus rêver que les aventures post-Jacobs de Blake et Mortimer, où on nous annonce la résurrection de Septimus.
Coup de coeur pour Le chanteur sans nom, un album passé relativement inaperçu en début d'année et qui a droit à juste titre à une sélection au festival d'Angoulême.
Encouragements
A Chimère(s) 1887, signé Arleston (mais pas sous son vrai nom), une bonne histoire dans le milieu des maisons closes dans le Paris de la fin du XIXe siècle. Certes, c'est encore un tome d'exposition, porté par le dessin lumineux de Vincent, mais la série s'annonce prometteuse et pas racoleuse, contrairement à ce qu'on pouvait craindre.
J'ai bien aimé aussi Voyage aux Iles de la Désolation, d'Emmanuel Lepage, un récit de voyage sur le navire qui relie les confettis de l'océan et transbahute des scientifiques en transit. Si l'histoire est intéressante sans plus, les dessins sont absolument magnifiques. Il m'est souvent arrivé de contempler une double page magistrale pendant quelques minutes. La fluidité du récit en pâtit un peu : c'est un livre qu'on regarde plus qu'on ne dévore.
De nombreux noms assez connus échouent dans cette catégorie, signe qu'ils ont fait déjà mieux :
- Lax et son deuxième tome de Pain d'Alouette, moins emballant que le premier, qui était déjà moins emballant que L'Aigle sans orteils.
- la petite musique de Guy Delisle, c'est comme du Phil Collins. C'est sympa, mais ça commence à ressembler à ce qu'il a fait avant. Même si le concept d'analyser le conflit israélo-palestinien vu du type qui va acheter son pain à la boulangerie est audacieux, les Chroniques de Jérusalem ont comme un faux air de redite avec celles de Birmanie, de Corée du Nord ou de Chine.
- le Quai d'Orsay t2 perd la surprise et le vent de fraîcheur qui animaient le premier. Ca reste de la très bonne BD, cela dit.
- Ghost Money t3, c'est très bien, mais ça se prend un tout petit peu trop au sérieux. Et le dessin réalisé à l'informatique donne un aspect assez froid à l'album, qui empêche de s'y attacher totalement.
- le nouveau Jonathan, Atsuko, et le dernier Jérôme K Jérôme Bloche poursuivent agréablement la série, sans la révolutionner.
- la magie du dessin de Turf opère dans Magasin sexuel, un OVNI qui aurait fait un très bon one-shot. Mon inquiétude, c'est qu'il y aura une suite...
- il est difficile de tirer un jugement définitif d'Aâma, le dernier Fréderick Peeters, tellement c'est cosmique. Et dire qu'il en prévoit 11 tomes!
Passable
J'ai été fortement désorienté par le dernier Buddy Longway. Derib abandonne la forme classique des histoire de son trappeur passé de vie à trépas à l'album précédent, et met en scène les souvenirs de sa fille, Kathleen, sous forme d'aquarelles. On sent que l'auteur s'est fait plaisir. Moi, en tant que lecteur, moins.
Le dernier Spirou, La Face cachée du Z, est soit un tome d'exposition génial pour introduire le retour de Zorglub et ses ambitions lunaires, soit une tentative de BD d'action un peu loupée. L'avenir nous le dira.
La BD indépendante n'a pas cassé des briques en cette année 2011. Les soucis de L'Association, mon rejet face au bouquin "olé-olé" de Bastien Vivès, un Fabcaro en légère baisse de régime (rendez-nous Like a steak machine!!) expliquent en partie cette année creuse. Je n'ai pas lu Habibi qui paraît-il est un chef d'oeuvre, donc le jugement est peut-être à nuancer.
Je fonde beaucoup d'espoirs pour 2012, notamment la sortie de la fin de la série De Cape et de Crocs. Mais c'est un autre sujet de post...
mardi 13 décembre 2011
"Groutchmeuhhh" la plus belle onomatopée de la BD?
De nombreuses phrases de BD sont restées célèbres. "Mille milliards de mille sabords", "Quand est-ce qu'on mange", "je veux être calife à la place du calife", "tu es tombé dans la potion magique quand tu étais petit" et j'en passe.
Peu de cris des nombreuses créatures fantasmagoriques du neuvième art sont elles rentrées dans la légende. On pense tout de suite au "houba houba" du Marsupilami, mais la liste s'arrête bien souvent là. La raison principale est bien sûr l'absence de créatures fantasmagoriques dans nombre de BD élevées au rang de classiques : Tintin, Lucky Luke et Astérix ont pour animal de compagnie un bête chien, et Milou comme Idéfix font "ouah ouah". Pour Rantanplan, c'est un peu plus compliqué.
La plus belle de toutes ces onomatopées, c'est le "Groutchmeuh" du vaisseau-dragon de Barbe Noire, dans la série éponyme de Marcel Remacle, publiée dans Spirou dans les années 60-70. L'album, le n°6 est intitulé Dans la gueule du dragon. Barbe Noire s'est fabriqué un vaisseau en forme de dragon qui épouvante les équipages, abandonnant leur navire. Il n'a plus qu'à se baisser pour en ramasser la cargaison. Jusqu'au jour où son ennemi historique, le Vieux Nick, passe sur sa route...
Peu de cris des nombreuses créatures fantasmagoriques du neuvième art sont elles rentrées dans la légende. On pense tout de suite au "houba houba" du Marsupilami, mais la liste s'arrête bien souvent là. La raison principale est bien sûr l'absence de créatures fantasmagoriques dans nombre de BD élevées au rang de classiques : Tintin, Lucky Luke et Astérix ont pour animal de compagnie un bête chien, et Milou comme Idéfix font "ouah ouah". Pour Rantanplan, c'est un peu plus compliqué.
La plus belle de toutes ces onomatopées, c'est le "Groutchmeuh" du vaisseau-dragon de Barbe Noire, dans la série éponyme de Marcel Remacle, publiée dans Spirou dans les années 60-70. L'album, le n°6 est intitulé Dans la gueule du dragon. Barbe Noire s'est fabriqué un vaisseau en forme de dragon qui épouvante les équipages, abandonnant leur navire. Il n'a plus qu'à se baisser pour en ramasser la cargaison. Jusqu'au jour où son ennemi historique, le Vieux Nick, passe sur sa route...
lundi 28 novembre 2011
On le cauchemardait, ils vont le faire : une suite à "La Marque Jaune"!
Reprendre une série comme Blake et Mortimer relève de la gageure. Pas commerciale, non, loin s'en faut. Il y a des toujours des naïfs qui, comme moi, déboursent leurs 13 euros pour chaque nouveau tome. Un nouveau opus à chaque fois un peu plus décevant que le précédent. Tout avait bien commencé avec L'Affaire Francis Blake, une bonne histoire d'espionnage tout à fait correcte, puis La Machination Voronov, à mon sens une des reprises les plus abouties de Jacobs. Les choses ont commencé à se gâter avec L'Etrange rendez-vous, honnête histoire sans plus, puis avec le calamiteux Les Sarcophages du Sixième Continent et le décevant Le sanctuaire du Gondwana. Léger mieux avec La malédiction des trente deniers (avec un sévère coup de mou dans le second tome). Et voilà que le nouveau scénariste Jean Dufaux annonce au blog de référence Blake Jacobs et Mortimer qu'il a l'intention de donner une suite à La marque jaune, en ressucitant (on ne sait trop comment) le Professeur Septimus. Titre de travail de l'album L'Onde Septimus.
Je suis du genre à hurler avec les loups dès qu'on remet en cause le patrimoine de la BD. Je l'ai fait (un peu vite) avec Gastoon, finalement pas si mal que ça. Mais là, pour Blake et Mortimer, j'ai de sérieux doutes. Ce n'est pas uniquement lié à la qualité décroissante des albums. A mon humble avis, c'est aussi que la matière sur laquelle les auteurs doivent s'appuyer est assez maigre. Combien d'albums Jacobs a-t-il réalisés de son vivant? 12 albums, et 8 histoires en tout (certaines aventures comptent 2 ou 3 tomes). C'est quand même très peu pour avoir un corpus de personnages suffisant pour arriver à varier les histoires. Aujourd'hui, avant la sortie des prochains albums, on compte 7 albums post-Jacobs, bientôt 9. Il n'est pas illusoire de penser que vers 2015-16, la série dérivée comptera plus d'albums que la série mère. Et c'est à mon avis un problème.
Si ressusciter Olrik à tous les albums fait partie du gimmick, Jacobs n'a pas eu le temps de créer des dizaines de méchants, ni même des dizaines de personnages. Tout scénariste voulant se raccrocher un tant soit peu au corpus jacobsien est tenté de déterrer systématique l'inspecteur Pradier, le savant maléfique Miloch, la brute Sharkey ou l'empereur jaune Basam Damdu. Or, les meilleurs albums sont ceux qui parviennent à prendre leurs distances avec les personnages secondaires que l'on connaît déjà. La Machination Voronov, à mon sens le meilleur de la série, se passe en Russie, un pays où Jacobs n'avait jamais envoyé ses deux héros. L'Affaire Francis Blake a été l'occasion pour Ted Benoît et Jean Van Hamme de créer le personnage de Honeychurch, l'adjoint de Blake au MI6... un personnage qui sera repris par l'autre équipe travaillant sur le projet. Je pense tout simplement que la matière va cruellement manquer, et que cette résurrection en cours de Septimus est symptomatique d'une quête de légitimité que les nouveaux albums ne pourront jamais tout à fait obtenir. Pire, quand il s'agit carrément de donner une suite à La Marque Jaune, l'Album avec un grand A de référence pour tous les fans de la série.
D'autant plus qu'une revisitation du thème de La Marque Jaune a déjà été faite par le duo Veys et Barral, dans son très drôle Menace sur l'Empire. Une série parodique qui a beaucoup plus de latitude à détourner les codes de la série mère, autrement plus que les aventures "sérieuses" publiées après Jacobs, comme engoncées dans un carcan.
Les autres expériences de revisitation d'une série de BD très connue ne souffrent pas du handicap de matière première laissé par l'auteur originel. Les "Spirou par" proposent une lecture différente par chaque auteur de l'univers du groom, et ça fonctionne très bien vu que le contrat de lecture est clair. La tentative (réussie) de Larcenet qui a revisité Valérian fait plus penser à l'esprit parodique de la série Philip et Francis : comme dans Menace sur l'Empire, Larcenet bulldozérise joyeusement les codes de la série de SF de Mézières et Christin. Je suis un peu plus mitigé pour le Lucky Luke d'Achdé (avec divers scénaristes), qui oscille entre le franchement bon en reprenant le principe de la série de Morris, un thème par album et on brode dessus, et le très moyen en voulant autoparodier une série déjà parodique par essence. Mais dans ces trois cas, la série originale comptait au moins vingt albums et une sacrée galerie de personnages secondaires. Ce qui n'est pas le cas de Blake et Mortimer. D'où mes craintes...
Je suis du genre à hurler avec les loups dès qu'on remet en cause le patrimoine de la BD. Je l'ai fait (un peu vite) avec Gastoon, finalement pas si mal que ça. Mais là, pour Blake et Mortimer, j'ai de sérieux doutes. Ce n'est pas uniquement lié à la qualité décroissante des albums. A mon humble avis, c'est aussi que la matière sur laquelle les auteurs doivent s'appuyer est assez maigre. Combien d'albums Jacobs a-t-il réalisés de son vivant? 12 albums, et 8 histoires en tout (certaines aventures comptent 2 ou 3 tomes). C'est quand même très peu pour avoir un corpus de personnages suffisant pour arriver à varier les histoires. Aujourd'hui, avant la sortie des prochains albums, on compte 7 albums post-Jacobs, bientôt 9. Il n'est pas illusoire de penser que vers 2015-16, la série dérivée comptera plus d'albums que la série mère. Et c'est à mon avis un problème.
Si ressusciter Olrik à tous les albums fait partie du gimmick, Jacobs n'a pas eu le temps de créer des dizaines de méchants, ni même des dizaines de personnages. Tout scénariste voulant se raccrocher un tant soit peu au corpus jacobsien est tenté de déterrer systématique l'inspecteur Pradier, le savant maléfique Miloch, la brute Sharkey ou l'empereur jaune Basam Damdu. Or, les meilleurs albums sont ceux qui parviennent à prendre leurs distances avec les personnages secondaires que l'on connaît déjà. La Machination Voronov, à mon sens le meilleur de la série, se passe en Russie, un pays où Jacobs n'avait jamais envoyé ses deux héros. L'Affaire Francis Blake a été l'occasion pour Ted Benoît et Jean Van Hamme de créer le personnage de Honeychurch, l'adjoint de Blake au MI6... un personnage qui sera repris par l'autre équipe travaillant sur le projet. Je pense tout simplement que la matière va cruellement manquer, et que cette résurrection en cours de Septimus est symptomatique d'une quête de légitimité que les nouveaux albums ne pourront jamais tout à fait obtenir. Pire, quand il s'agit carrément de donner une suite à La Marque Jaune, l'Album avec un grand A de référence pour tous les fans de la série.
D'autant plus qu'une revisitation du thème de La Marque Jaune a déjà été faite par le duo Veys et Barral, dans son très drôle Menace sur l'Empire. Une série parodique qui a beaucoup plus de latitude à détourner les codes de la série mère, autrement plus que les aventures "sérieuses" publiées après Jacobs, comme engoncées dans un carcan.
Les autres expériences de revisitation d'une série de BD très connue ne souffrent pas du handicap de matière première laissé par l'auteur originel. Les "Spirou par" proposent une lecture différente par chaque auteur de l'univers du groom, et ça fonctionne très bien vu que le contrat de lecture est clair. La tentative (réussie) de Larcenet qui a revisité Valérian fait plus penser à l'esprit parodique de la série Philip et Francis : comme dans Menace sur l'Empire, Larcenet bulldozérise joyeusement les codes de la série de SF de Mézières et Christin. Je suis un peu plus mitigé pour le Lucky Luke d'Achdé (avec divers scénaristes), qui oscille entre le franchement bon en reprenant le principe de la série de Morris, un thème par album et on brode dessus, et le très moyen en voulant autoparodier une série déjà parodique par essence. Mais dans ces trois cas, la série originale comptait au moins vingt albums et une sacrée galerie de personnages secondaires. Ce qui n'est pas le cas de Blake et Mortimer. D'où mes craintes...
jeudi 24 novembre 2011
Twitter inventé en 1982, la preuve!
Vous ne connaissez peut-être pas la série Valry Bonpain. Moi non plus jusqu'à ce que je découvre un album sur Ebay par hasard. Publiée au début des années 80 dans le journal Spirou, cette série policière en noir et blanc a des faux air de Jérôme K. Jérôme Bloche en saxophoniste. De facture assez classique (des petites histoires de 5-6 planches où se déroule l'intrigue), Valry Bonpain a deux particularités. La première, c'est qu'on a fait poser quelqu'un (un comédien?) pour une couverture de Spirou en 1982. C'est suffisamment rare pour être signalé qu'une photo soit en "une" du magazine de BD plutôt qu'un dessin. Et la seconde, c'est que les auteurs, Le Gall et Clément, ont deviné avant tout le monde la naissance de Twitter...
En l'occurence, il s'agit d'un tueur engagé par un club de gentlemen anglais un peu détraqués pour refroidir un particulier pendant la Saint-Sylvestre à Paris.
N'empêche que lues en 2011, avec le recul, ces cases sont savoureuses.
dimanche 30 octobre 2011
Notre (grand) père la guerre
Jeudi, chez BD Net, il y avait une dédicace de Florent Silloray, qui signe chez Sarbacane un bouquin au titre équivoque : Le Carnet de Roger. Au premier abord, on dirait un mix entre le Journal d'Anne Franck et un Marc Lévy. En fait, il s'agit d'un livre réalisé à partir du carnet de bord de son grand-père pendant sa captivité en Allemagne, au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Comme j'ai eu l'occasion de l'évoquer avec lui, si la bande dessinée a beaucoup traité le second conflit mondial, c'est une des premières fois qu'on aborde les souvenirs d'un prisonnier de guerre. Loin des Airborne 44 au réalisme stupéfiant de Jarbinet, loin du flegme de la Guerre d'Alan de Guibert (d'excellents bouquins), Le Carnet de Roger, c'est une BD sur 39-45 avec une seule page de bataille!
Loin d'Hollywood, mais bien plus proche des souvenirs qu'a pu vous confier un parent. D'abord l'attente de la drôle de guerre, la condition du trouffion moyen à l'affût d'un peu de rab' le midi, ensuite l'homme dépassé par le Blitzkrieg sur la France, et enfin le captif en Allemagne que seule sa famille n'a pas oublié. Paradoxalement, la lecture de l'album, m'a fait penser à La Grande Evasion. Dans le sens où ce que raconte Roger n'a rien à voir avec ce que Steve McQueen et consorts endurent dans leur camp. Dans le film, les soldats alliés peuvent cultiver des pommes de terre, faire pousser des fleurs, et ne sont pas astreints à des tâches éreintantes. Tout le contraire de Roger, qui troquera une captivité oisive mais dans des conditions épouvantables (nourriture pourrie, froid, et où on leur donne de beaux habits uniquement pour faire des photos pour rassurer leurs familles...) contre un passage dans une mine à ciel ouvert, mais où les prisonniers sont mieux traités. Collaboration? Non, réflexe de survie.
Le Carnet de Roger, c'est plus qu'un simple récit de guerre. Florent Silloray se met également en scène pour expliquer sa démarche. Avec la découverte de ce carnet dans un vieux carton, en 2002, à la mort de Roger, s'est engagée une véritable quête initiatique sur les traces de ce passé occulté que son grand père n'a (presque) jamais évoqué. L'auteur se rend en Belgique, en Allemagne, rencontre des témoins oculaires de la déportation de son grand-père. Le carnet se révèle un outil précieux: écrit d'une belle écriture serrée, au crayon à papier, il est à la fois formidablement précis (sur les conditions de vie dans le camp), et parfois assez vague (quant aux lieux de captivité).
Découvrez Le carnet de Roger, un journal de guerre signé Florent Silloray sur Culturebox !
Le carnet s'arrête en 1941. L'auteur se borne à émettre des hypothèses sur ce qu'a connu son grand père dans la seconde partie de la Seconde Guerre Mondiale. Ensuite, Roger se murera dans le silence. Comme tous les prisonniers de guerre, il incarne le visage de la défaite de 40 quand la France de 1945 se fantasme en résistante. Comme les prisonniers de guerre qui ne sont pas revenus amaigris et décharnés de leur captivité, Roger l'a joué encore plus profil bas. Et c'est tout à l'honneur de son petit fils d'avoir exhumé son histoire.
Le Carnet de Roger a été récompensé du Prix Coup de Coeur du festival Quai des Bulles, et c'est amplement mérité.
PS: à noter le blog de la BD, où Florent Silloray raconte par le menu les étapes de la création de l'album.
jeudi 21 juillet 2011
Quel consommateur de BD êtes-vous?
J'ai bien écrit "consommateur" et pas "amateur", car ici, c'est d'argent qu'on va causer, et de la manière la plus rationnelle de subvenir à sa passion du 9ème art.
Mon profil de consommateur de BD est plutôt à classer dans le "fan-de-classiques-qui-se-soigne-en-tentant-un-indé-de-temps-en-temps". Mon budget tourne autour des 100 euros mensuels (mais c'est souvent plus, surproduction oblige et intégrales coûteuses tombant comme à gravelotte). Et j'attends avec appréhension les mois de septembre-décembre, qui concentrent presque un bon tiers des sorties BD (pour 40% des ventes), là où mon porte-monnaie est mis à rude épreuve.
Face à la surproduction, point de salut... ou presque. Quand je me suis mis à acheter le magazine Case Mate, c'était pour me tenir au courant de ce qui arriverait sur les étagères de mon libraire. Surproduction aidant (et le fait que ma librairie de quartier n'est pas spécialisée, et que faire 30 mn de métro pour me rendre dans l'une d'elle ne m'excite que très moyennement), c'est devenu un outil pour ne pas rater une BD qui pourrait m'intéresser, mais que j'ai de grandes chances de rater. C'est ainsi que j'ai découvert il y a 2 ans A bord de l'Etoile Matutine de Riff Reb's, qui avait de grandes chances de me passer à côté sans cela.
Pour faire face à un certain appétit de BD, je me suis abonné au magazine Spirou. Qui propose beaucoup de BD que j'achète ("fan-de-classiques-qui-se-soigne-en-tentant-un-indé-de-temps-en-temps" on vous dit), mais aussi beaucoup de BD que j'aime lire sans les acheter (Les Tuniques Bleues, Marzi, Les démons d'Alexia etc...). Vous allez me dire que pour cela, il y la bibliothèque municipale et que c'est moins onéreux. Certes. J'y suis inscrit aussi, et je m'y rends régulièrement pour combler les trous béants de ma culture BD. A moins d'avoir quelques années de plus que moi, on n'a pas pu lire tout ce qu'il y avait d'intéressant
J'ai aussi tenté l'aventure de L'Immanquable... que j'ai laissé tomber au bout de 3 numéros. Pourquoi? Parce que les 2 histoires qui m'intéressaient étaient finies (Magasin Sexuel et le tome 2 de Philip et Francis), les autres histoires historiques, réalistes et un peu "héroic fantasy sexy" n'étant pas vraiment ma tasse de thé. Je m'y reconnaissait moins que Spirou (et pourtant Garage Isidore et Mélusine ont du mal à m'arracher un sourire tellement c'est répétitif).
La BD est un passe-temps qui peut coûter très cher. Je n'évoque même pas le marché de l'occasion qui peut aider à encombrer les étagères d'un passionné et aider les journalistes spécialisés et/ou les auteurs qui reçoivent un tas d'album gratos à arrondir leurs fins de mois.
J'ai eu l'occasion de discuter avec un passionné encore plus collectionneur que moi (25.000 BD au compteur) qui me disait que d'après lui, 10% de ce qui était publié était intéressant. Même en conservant ce chiffre, c'est impossible de lire les 500 albums dignes de ce nom (je dois lire une centaine de nouveautés par an, en comptant les prépublications dans Spirou et ce qui me tombe sous la main à la bibliothèque). Le blog Comptoir de la BD avait proposé d'arrêter toute production pendant un an histoire que critiques et lecteurs aient le temps de juger plus les albums, ne soient pas obligés de subir un calendrier des nouveautés démentiel. C'est une métaphore (comment les auteurs vivent pendant ce temps?), mais je ne serai pas contre. L'été, période où les éditeurs tournent au ralenti, offrent un léger répit. Je vais en profiter pour relire les Valérian, tiens...
Mon profil de consommateur de BD est plutôt à classer dans le "fan-de-classiques-qui-se-soigne-en-tentant-un-indé-de-temps-en-temps". Mon budget tourne autour des 100 euros mensuels (mais c'est souvent plus, surproduction oblige et intégrales coûteuses tombant comme à gravelotte). Et j'attends avec appréhension les mois de septembre-décembre, qui concentrent presque un bon tiers des sorties BD (pour 40% des ventes), là où mon porte-monnaie est mis à rude épreuve.
Face à la surproduction, point de salut... ou presque. Quand je me suis mis à acheter le magazine Case Mate, c'était pour me tenir au courant de ce qui arriverait sur les étagères de mon libraire. Surproduction aidant (et le fait que ma librairie de quartier n'est pas spécialisée, et que faire 30 mn de métro pour me rendre dans l'une d'elle ne m'excite que très moyennement), c'est devenu un outil pour ne pas rater une BD qui pourrait m'intéresser, mais que j'ai de grandes chances de rater. C'est ainsi que j'ai découvert il y a 2 ans A bord de l'Etoile Matutine de Riff Reb's, qui avait de grandes chances de me passer à côté sans cela.
Pour faire face à un certain appétit de BD, je me suis abonné au magazine Spirou. Qui propose beaucoup de BD que j'achète ("fan-de-classiques-qui-se-soigne-en-tentant-un-indé-de-temps-en-temps" on vous dit), mais aussi beaucoup de BD que j'aime lire sans les acheter (Les Tuniques Bleues, Marzi, Les démons d'Alexia etc...). Vous allez me dire que pour cela, il y la bibliothèque municipale et que c'est moins onéreux. Certes. J'y suis inscrit aussi, et je m'y rends régulièrement pour combler les trous béants de ma culture BD. A moins d'avoir quelques années de plus que moi, on n'a pas pu lire tout ce qu'il y avait d'intéressant
J'ai aussi tenté l'aventure de L'Immanquable... que j'ai laissé tomber au bout de 3 numéros. Pourquoi? Parce que les 2 histoires qui m'intéressaient étaient finies (Magasin Sexuel et le tome 2 de Philip et Francis), les autres histoires historiques, réalistes et un peu "héroic fantasy sexy" n'étant pas vraiment ma tasse de thé. Je m'y reconnaissait moins que Spirou (et pourtant Garage Isidore et Mélusine ont du mal à m'arracher un sourire tellement c'est répétitif).
La BD est un passe-temps qui peut coûter très cher. Je n'évoque même pas le marché de l'occasion qui peut aider à encombrer les étagères d'un passionné et aider les journalistes spécialisés et/ou les auteurs qui reçoivent un tas d'album gratos à arrondir leurs fins de mois.
J'ai eu l'occasion de discuter avec un passionné encore plus collectionneur que moi (25.000 BD au compteur) qui me disait que d'après lui, 10% de ce qui était publié était intéressant. Même en conservant ce chiffre, c'est impossible de lire les 500 albums dignes de ce nom (je dois lire une centaine de nouveautés par an, en comptant les prépublications dans Spirou et ce qui me tombe sous la main à la bibliothèque). Le blog Comptoir de la BD avait proposé d'arrêter toute production pendant un an histoire que critiques et lecteurs aient le temps de juger plus les albums, ne soient pas obligés de subir un calendrier des nouveautés démentiel. C'est une métaphore (comment les auteurs vivent pendant ce temps?), mais je ne serai pas contre. L'été, période où les éditeurs tournent au ralenti, offrent un léger répit. Je vais en profiter pour relire les Valérian, tiens...
mardi 17 mai 2011
Tintin au cinéma: un nouvel espoir
Après avoir vu la bande annonce du dernier Tintin, vous avez peut-être poussé comme moi un soupir de soulagement. Non seulement, les quelques images qu'on voit ne déshonorent en rien l'oeuvre d'Hergé, mais elles font plutôt taire les critiques suscitées par les quelques photos diffusées en décembre dans le magazine Empire.
Il existe aussi une 2ème version avec un demi-plan en rab par ci par là.
Les Aventures de Tintin Le Secret de la Licorne... par cloneweb
Sur ce qu'on a vu, en dehors de mouvements un peu empruntés des personnages (ce qui ne changera pas trop de l'animation un peu vieillotte des dessins animés qui ont bercé mon enfance), ça fait plutôt envie. Ca ressemble vraiment à de la BD filmée, ni film, ni film d'animation hyper chiadé façon Kung Fu Panda. Ca n'a pas l'air d'un produit calibré pour les enfants (note: quand dans une critique vous lisez qu'un film a "beaucoup plu aux enfants" fuyez).
Seul petit regret, la bouille de Tintin. Mais est-ce que j'aurais pu être satisfait par n'importe quel autre visage? Je n'en suis pas sûr du tout. Et quitte à transformer le reporter à la houppette en visage du quotidien, celui-là en vaut un autre. Peter Jackson avait prévenu, dans Empire en décembre: "avec la méthode d'animation utilisée, vous allez avoir des acteurs qui vont prétendre incarner Tintin et le Capitaine Haddock, pas coller au dessin d'Hergé. Cela va être quelque chose de complètement différent".

Le compliment que je vais faire à ces quelques secondes exprime tous les regrets engendrés par la genèse du projet: on dirait du Indiana Jones.

C'est en voyant Les aventuriers de l'arche perdue qu'Hergé, malade, avait décidé que ce serait à Spielberg qu'il confierait Tintin, et à personne d'autre. L'affaire a failli se faire dans les années 80, mais la mort d'Hergé en 83 et le flou artistique autour de sa succession (lire l'excellent ouvrage Tintin et les héritiers, d'Hugues Dayez à ce sujet) ont durablement retardé le projet. Spielberg refusa 6 projets d'adaptation vers 1985-6, Polanski, un temps intéressé, ne donna pas suite... Cette histoire de rendez-vous manqués a failli contribuer à muséifer totalement Tintin (voir le très bon article de Des bulles carrées sur la muséification de certains totems de la BD franco-belge).
Les commentaires qui valaient à l'époque nous laissent plein d'espoir pour la fin de l'année. "J'ai senti chez Spielberg un intérêt réel pour Tintin, et une volonté de créer quelque chose de joyeux avec du punch en essayant le plus possible de respecter les albums" expliquait à la fin des années 90 Alain Baran, ancien gestionnaire de Moulinsart dans les années 80.
Seul bémol: ça sort en 3D, ce qui n'était pas franchement nécessaire, vu le rendu plutôt sympathique des premières images. D'autant plus que la 3D ternit les couleurs, bien vives comme dans la BD originales sur ce qu'on a pu voir. Comme on dit maintenant, il sera aussi projeté en 2D "dans certaines salles".
Comme beaucoup de fans, j'irai voir le film dès sa sortie en salles. Avec, en arrière-pensée, l'idée de comparer Secret of the Unicorn à la version qu'aurait pu en faire Walt Disney s'il avait accepté la proposition de collaboration d'Hergé dans les années 50...
Pour en (sa)voir plus
- des captures haute définition sur Clone Web
- l'analyse détaillée de ce qu'on voit dans la bande-annonce sur Bulle Onomatopée (notamment la Licorne qui s'échoue dans le désert, sans doute une hallucination...)
- si on avait laissé faire Spielberg en 1982, le Capitaine Haddock aurait été joué par Jack Nicholson (c'est dans Tintin et les Héritiers). Finalement, on a eu droit à ça:
Il existe aussi une 2ème version avec un demi-plan en rab par ci par là.
Les Aventures de Tintin Le Secret de la Licorne... par cloneweb
Sur ce qu'on a vu, en dehors de mouvements un peu empruntés des personnages (ce qui ne changera pas trop de l'animation un peu vieillotte des dessins animés qui ont bercé mon enfance), ça fait plutôt envie. Ca ressemble vraiment à de la BD filmée, ni film, ni film d'animation hyper chiadé façon Kung Fu Panda. Ca n'a pas l'air d'un produit calibré pour les enfants (note: quand dans une critique vous lisez qu'un film a "beaucoup plu aux enfants" fuyez).
Seul petit regret, la bouille de Tintin. Mais est-ce que j'aurais pu être satisfait par n'importe quel autre visage? Je n'en suis pas sûr du tout. Et quitte à transformer le reporter à la houppette en visage du quotidien, celui-là en vaut un autre. Peter Jackson avait prévenu, dans Empire en décembre: "avec la méthode d'animation utilisée, vous allez avoir des acteurs qui vont prétendre incarner Tintin et le Capitaine Haddock, pas coller au dessin d'Hergé. Cela va être quelque chose de complètement différent".

Le compliment que je vais faire à ces quelques secondes exprime tous les regrets engendrés par la genèse du projet: on dirait du Indiana Jones.

C'est en voyant Les aventuriers de l'arche perdue qu'Hergé, malade, avait décidé que ce serait à Spielberg qu'il confierait Tintin, et à personne d'autre. L'affaire a failli se faire dans les années 80, mais la mort d'Hergé en 83 et le flou artistique autour de sa succession (lire l'excellent ouvrage Tintin et les héritiers, d'Hugues Dayez à ce sujet) ont durablement retardé le projet. Spielberg refusa 6 projets d'adaptation vers 1985-6, Polanski, un temps intéressé, ne donna pas suite... Cette histoire de rendez-vous manqués a failli contribuer à muséifer totalement Tintin (voir le très bon article de Des bulles carrées sur la muséification de certains totems de la BD franco-belge).
Les commentaires qui valaient à l'époque nous laissent plein d'espoir pour la fin de l'année. "J'ai senti chez Spielberg un intérêt réel pour Tintin, et une volonté de créer quelque chose de joyeux avec du punch en essayant le plus possible de respecter les albums" expliquait à la fin des années 90 Alain Baran, ancien gestionnaire de Moulinsart dans les années 80.
Seul bémol: ça sort en 3D, ce qui n'était pas franchement nécessaire, vu le rendu plutôt sympathique des premières images. D'autant plus que la 3D ternit les couleurs, bien vives comme dans la BD originales sur ce qu'on a pu voir. Comme on dit maintenant, il sera aussi projeté en 2D "dans certaines salles".
Comme beaucoup de fans, j'irai voir le film dès sa sortie en salles. Avec, en arrière-pensée, l'idée de comparer Secret of the Unicorn à la version qu'aurait pu en faire Walt Disney s'il avait accepté la proposition de collaboration d'Hergé dans les années 50...
Pour en (sa)voir plus
- des captures haute définition sur Clone Web
- l'analyse détaillée de ce qu'on voit dans la bande-annonce sur Bulle Onomatopée (notamment la Licorne qui s'échoue dans le désert, sans doute une hallucination...)
- si on avait laissé faire Spielberg en 1982, le Capitaine Haddock aurait été joué par Jack Nicholson (c'est dans Tintin et les Héritiers). Finalement, on a eu droit à ça:
Inscription à :
Articles (Atom)



