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mardi 13 décembre 2011

"Groutchmeuhhh" la plus belle onomatopée de la BD?

De nombreuses phrases de BD sont restées célèbres. "Mille milliards de mille sabords", "Quand est-ce qu'on mange", "je veux être calife à la place du calife", "tu es tombé dans la potion magique quand tu étais petit" et j'en passe.

Peu de cris des nombreuses créatures fantasmagoriques du neuvième art sont elles rentrées dans la légende. On pense tout de suite au "houba houba" du Marsupilami, mais la liste s'arrête bien souvent là. La raison principale est bien sûr l'absence de créatures fantasmagoriques dans nombre de BD élevées au rang de classiques : Tintin, Lucky Luke et Astérix ont pour animal de compagnie un bête chien, et Milou comme Idéfix font "ouah ouah". Pour Rantanplan, c'est un peu plus compliqué.

La plus belle de toutes ces onomatopées, c'est le "Groutchmeuh" du vaisseau-dragon de Barbe Noire, dans la série éponyme de Marcel Remacle, publiée dans Spirou dans les années 60-70.  L'album, le n°6 est intitulé Dans la gueule du dragon. Barbe Noire s'est fabriqué un vaisseau en forme de dragon qui épouvante les équipages, abandonnant leur navire. Il n'a plus qu'à se baisser pour en ramasser la cargaison. Jusqu'au jour où son ennemi historique, le Vieux Nick, passe sur sa route...




lundi 28 novembre 2011

On le cauchemardait, ils vont le faire : une suite à "La Marque Jaune"!

Reprendre une série comme Blake et Mortimer relève de la gageure. Pas commerciale, non, loin s'en faut. Il y a des toujours des naïfs qui, comme moi, déboursent leurs 13 euros pour chaque nouveau tome. Un nouveau opus à chaque fois un peu plus décevant que le précédent. Tout avait bien commencé avec L'Affaire Francis Blake, une bonne histoire d'espionnage tout à fait correcte, puis La Machination Voronov, à mon sens une des reprises les plus abouties de Jacobs. Les choses ont commencé à se gâter avec L'Etrange rendez-vous, honnête histoire sans plus, puis avec le calamiteux Les Sarcophages du Sixième Continent et le décevant Le sanctuaire du Gondwana. Léger mieux avec La malédiction des trente deniers (avec un sévère coup de mou dans le second tome). Et voilà que le nouveau scénariste Jean Dufaux annonce au blog de référence Blake Jacobs et Mortimer qu'il a l'intention de donner une suite à La marque jaune, en ressucitant (on ne sait trop comment) le Professeur Septimus. Titre de travail de l'album L'Onde Septimus.



Je suis du genre à hurler avec les loups dès qu'on remet en cause le patrimoine de la BD. Je l'ai fait (un peu vite) avec Gastoon, finalement pas si mal que ça. Mais là, pour Blake et Mortimer, j'ai de sérieux doutes. Ce n'est pas uniquement lié à la qualité décroissante des albums. A mon humble avis, c'est aussi que la matière sur laquelle les auteurs doivent s'appuyer est assez maigre. Combien d'albums Jacobs a-t-il réalisés de son vivant? 12 albums, et 8 histoires en tout (certaines aventures comptent 2 ou 3 tomes). C'est quand même très peu pour avoir un corpus de personnages suffisant pour arriver à varier les histoires. Aujourd'hui, avant la sortie des prochains albums, on compte 7 albums post-Jacobs, bientôt 9. Il n'est pas illusoire de penser que vers 2015-16, la série dérivée comptera plus d'albums que la série mère. Et c'est à mon avis un problème.

Si ressusciter Olrik à tous les albums fait partie du gimmick, Jacobs n'a pas eu le temps de créer des dizaines de méchants, ni même des dizaines de personnages. Tout scénariste voulant se raccrocher un tant soit peu au corpus jacobsien est tenté de déterrer systématique l'inspecteur Pradier, le savant maléfique Miloch, la brute Sharkey ou l'empereur jaune Basam Damdu. Or, les meilleurs albums sont ceux qui parviennent à prendre leurs distances avec les personnages secondaires que l'on connaît déjà. La Machination Voronov, à mon sens le meilleur de la série, se passe en Russie, un pays où Jacobs n'avait jamais envoyé ses deux héros. L'Affaire Francis Blake a été l'occasion pour Ted Benoît et Jean Van Hamme de créer le personnage de Honeychurch, l'adjoint de Blake au MI6... un personnage qui sera repris par l'autre équipe travaillant sur le projet. Je pense tout simplement que la matière va cruellement manquer, et que cette résurrection en cours de Septimus est symptomatique d'une quête de légitimité que les nouveaux albums ne pourront jamais tout à fait obtenir. Pire, quand il s'agit carrément de donner une suite à La Marque Jaune, l'Album avec un grand A de référence pour tous les fans de la série.


D'autant plus qu'une revisitation du thème de La Marque Jaune a déjà été faite par le duo Veys et Barral, dans son très drôle Menace sur l'Empire. Une série parodique qui a beaucoup plus de latitude à détourner les codes de la série mère, autrement plus que les aventures "sérieuses" publiées après Jacobs, comme engoncées dans un carcan.



Les autres expériences de revisitation d'une série de BD très connue ne souffrent pas du handicap de matière première laissé par l'auteur originel. Les "Spirou par" proposent une lecture différente par chaque auteur de l'univers du groom, et ça fonctionne très bien vu que le contrat de lecture est clair. La tentative (réussie) de Larcenet qui a revisité Valérian fait plus penser à l'esprit parodique de la série Philip et Francis : comme dans Menace sur l'Empire, Larcenet bulldozérise joyeusement les codes de la série de SF de Mézières et Christin. Je suis un peu plus mitigé pour le Lucky Luke d'Achdé (avec divers scénaristes), qui oscille entre le franchement bon en reprenant le principe de la série de Morris, un thème par album et on brode dessus, et le très moyen en voulant autoparodier une série déjà parodique par essence. Mais dans ces trois cas, la série originale comptait au moins vingt albums et une sacrée galerie de personnages secondaires. Ce qui n'est pas le cas de Blake et Mortimer. D'où mes craintes...

mardi 17 mai 2011

Tintin au cinéma: un nouvel espoir

Après avoir vu la bande annonce du dernier Tintin, vous avez peut-être poussé comme moi un soupir de soulagement. Non seulement, les quelques images qu'on voit ne déshonorent en rien l'oeuvre d'Hergé, mais elles font plutôt taire les critiques suscitées par les quelques photos diffusées en décembre dans le magazine Empire.



Il existe aussi une 2ème version avec un demi-plan en rab par ci par là.


Les Aventures de Tintin Le Secret de la Licorne... par cloneweb

Sur ce qu'on a vu, en dehors de mouvements un peu empruntés des personnages (ce qui ne changera pas trop de l'animation un peu vieillotte des dessins animés qui ont bercé mon enfance), ça fait plutôt envie. Ca ressemble vraiment à de la BD filmée, ni film, ni film d'animation hyper chiadé façon Kung Fu Panda. Ca n'a pas l'air d'un produit calibré pour les enfants (note: quand dans une critique vous lisez qu'un film a "beaucoup plu aux enfants" fuyez).

Seul petit regret, la bouille de Tintin. Mais est-ce que j'aurais pu être satisfait par n'importe quel autre visage? Je n'en suis pas sûr du tout. Et quitte à transformer le reporter à la houppette en visage du quotidien, celui-là en vaut un autre. Peter Jackson avait prévenu, dans Empire en décembre: "avec la méthode d'animation utilisée, vous allez avoir des acteurs qui vont prétendre incarner Tintin et le Capitaine Haddock, pas coller au dessin d'Hergé. Cela va être quelque chose de complètement différent".


Le compliment que je vais faire à ces quelques secondes exprime tous les regrets engendrés par la genèse du projet: on dirait du Indiana Jones.


C'est en voyant Les aventuriers de l'arche perdue qu'Hergé, malade, avait décidé que ce serait à Spielberg qu'il confierait Tintin, et à personne d'autre. L'affaire a failli se faire dans les années 80, mais la mort d'Hergé en 83 et le flou artistique autour de sa succession (lire l'excellent ouvrage Tintin et les héritiers, d'Hugues Dayez à ce sujet) ont durablement retardé le projet. Spielberg refusa 6 projets d'adaptation vers 1985-6, Polanski, un temps intéressé, ne donna pas suite... Cette histoire de rendez-vous manqués a failli contribuer à muséifer totalement Tintin (voir le très bon article de Des bulles carrées sur la muséification de certains totems de la BD franco-belge).

Les commentaires qui valaient à l'époque nous laissent plein d'espoir pour la fin de l'année. "J'ai senti chez Spielberg un intérêt réel pour Tintin, et une volonté de créer quelque chose de joyeux avec du punch en essayant le plus possible de respecter les albums" expliquait à la fin des années 90 Alain Baran, ancien gestionnaire de Moulinsart dans les années 80.

Seul bémol: ça sort en 3D, ce qui n'était pas franchement nécessaire, vu le rendu plutôt sympathique des premières images. D'autant plus que la 3D ternit les couleurs, bien vives comme dans la BD originales sur ce qu'on a pu voir. Comme on dit maintenant, il sera aussi projeté en 2D "dans certaines salles".

Comme beaucoup de fans, j'irai voir le film dès sa sortie en salles. Avec, en arrière-pensée, l'idée de comparer Secret of the Unicorn à la version qu'aurait pu en faire Walt Disney s'il avait accepté la proposition de collaboration d'Hergé dans les années 50...

Pour en (sa)voir plus
- des captures haute définition sur Clone Web
- l'analyse détaillée de ce qu'on voit dans la bande-annonce sur Bulle Onomatopée (notamment la Licorne qui s'échoue dans le désert, sans doute une hallucination...)
- si on avait laissé faire Spielberg en 1982, le Capitaine Haddock aurait été joué par Jack Nicholson (c'est dans Tintin et les Héritiers). Finalement, on a eu droit à ça: